LE CONCEPT DE LA PHOTO DU JOUR    Jean-Noël VEAU

 

Pourquoi ?

A 19 ans, la fascination de l’art conceptuel me donne envie de relever à mon tour ce même défi : suivre une idée, s’y contraindre, avoir enfin un objectif dont la fidélité est de rigueur et le plaisir est maître mot.

Charmé par le souvenir photographique récurrent de Roman Opalka, je décide de suivre son idée, en y apportant ma touche personnelle : faire de chaque jour la constatation d’un instant de vie, une mise en scène, une improvisation et bientôt une performance. La base du concept faisant état de l’évolution physique s’associe rapidement au constat de l’évolution psychique.

 En plus de 7 ans (au jour ou j’écris ces mots), le personnage de la Photo du Jour passe par différent états. Il va de la timidité à l’extraversion, du corps sublimé à la déchéance la plus larvaire. L’image est l’écho direct de sa sensibilité, force ou fragilité. Avec les ans, la photo se fait plus intellectuelle, moins irréfléchie, à l’image de l’insouciance juvénile que l’on troque contre une attitude adulte et conventionnelle.

Comment ?

Aujourd’hui, l’image numérique facilite le travail du photographe. Pourtant, j’aime par-dessus tout montrer qu’il est encore possible de créer des photos authentiques. C’est pour cela que bien souvent, je me mets en scène, offrant aux spectateurs baladins, la performance improvisée d’une représentation unique, dans le théâtre de la ville. Leurs yeux interrogatifs, leur sourire imprévu ou leur gêne participent à la substantifique moelle cachée de la photo.

Je me sert toutefois du numérique et de la possibilité de retoucher le cliché, mais dans un contexte plus jeune et décalé.

 Ne pouvant pas toujours déclencher l’appareil moi-même, on peut se demander si j’en suis l’auteur. La réponse est oui, car en plus d’en avoir l’idée, je prends soin auparavant de régler le cadrage et la mise au point sur trépied (avant d’utiliser le retardateur), ou bien de donner toutes les indications nécessaires à celui qui ne pousse qu’un bouton. On peux comparer cette façon de procédé à un réalisateur qui est aussi acteur. Ses instructions sont si précises, que même devant la caméra, il reste le réalisateur de ses images.

Le contexte :

Chaque photo délivre sa part d’originalité, mais bien souvent le contexte de la réalisation est au moins aussi fou que celle-ci. Ne pouvant prévenir chaque spectateur, leurs réactions sont immédiates et diverses. Cela engage souvent un dialogue imprévu et rassurant. Dans certains cas, leur curiosité peut conduire à faire rater la photo. Pour les plus stressés, il est même arrivé que la police soit appelée.

Le travail de mémoire.

La photographie étant un support de mémoire, lorsque je revisionne mes Photos du Jour,  je prends déjà conscience des premiers changements.

Le temps n’a plus la même saveur, son goût est plus fin. La rapidité du temps qui se perd m’effraie parfois.

7 ans est une parenthèse dans la vie d’un homme, pourtant la Photo du Jour se compose déjà de rencontres ... puis de séparations, de projets professionnels ... qui se réalisent, d’enfants qui grandissent trop vite...  

Qu’en sera-t-il à 60 ans ? Moi et ma plus grande histoire ambition, celle d’un simple concept.

Le 20 mars 2009